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Les mineurs sous le joug du terrorisme numérique

Rédigé par Maxim Dupont-Bilodeau

On associe souvent le terrorisme aux images d’attentats « traditionnels », tels que ceux du 11 septembre 2001, marqués par une violence immédiate et visible. Pourtant, avec l’évolution fulgurante des technologies numériques, le terrorisme classique n’a pas disparu. Cependant, le phénomène s’est déplacé vers des espaces virtuels, plus diffus et moins perceptibles [1]. En effet, de nouveaux groupes terroristes émergent aujourd’hui, porteurs d’idéologies souvent marquées par le nihilisme, l’accélérationnisme, le suprémacisme blanc ou encore portés par la volonté d’éteindre l’humanité [2]. Ces groupes utilisent des plateformes en ligne pour effectuer de la propagande, du recrutement et de l’endoctrinement [3]. L’omniprésence des réseaux sociaux dans le quotidien des jeunes constitue ainsi un terrain particulièrement fertile pour atteindre cette partie plus vulnérable de la société et y diffuser des discours extrémistes [4].

 

Comprendre la notion de terrorisme

 

En droit canadien, le terrorisme est encadré par la partie II.1 du Code criminel (articles 83.01 à 83.33), adoptée en 2001 par le biais de la Loi antiterroriste [5]. Cette section définit notamment les notions d’activités et de groupes terroristes. Aux termes du paragraphe 83.01(1), constitue une activité terroriste tout acte ou omission, commis ou menacé au Canada ou à l’étranger, visé par des conventions internationales ou perpétré pour un motif politique, religieux ou idéologique, dans le but d’intimider la population ou de contraindre un gouvernement, et causant intentionnellement la mort, des lésions graves, un danger sérieux ou des perturbations majeures [6]. Les infractions principales comprennent le financement, la fourniture de biens ou de services, la participation ou la facilitation d’activités terroristes, le fait d’agir pour le compte d’un groupe terroriste, d’en donner l’ordre ou d’héberger un terroriste, certaines étant passibles de l’emprisonnement à perpétuité [7].

 

Un « groupe terroriste » désigne pour sa part toute entité ayant pour objet ou activité la facilitation ou la commission d’activités terroristes, ainsi que toute entité inscrite à l’article 83.05 du Code criminel [8]. L’inscription d’une entité sur la liste débute par l’établissement de motifs raisonnables de croire à son implication dans des activités terroristes, lesquels sont examinés par le ministre de la Sécurité publique qui, s’il les juge fondés, recommande au gouvernement du Canada leur inscription officielle [9]. Par ailleurs, l’inscription d’une entité entraîne plusieurs conséquences juridiques concrètes, comme la criminalisation de toute aide à l’organisation, par exemple [10]. C, et les ajouts sur la liste sont réexaminés tous les cinq ans [11]. Parmi les entités les plus connues inscrites figurent notamment Al-Qaïda, l’État islamiqueBoko Haram, les Talibans, le Hamas, le Hezbollah ainsi que les Tigres libérateurs de l’Eelam tamoul, aux côtés de divers groupes extrémistes, milices, cartels et organisations criminelles transnationales [12]. Plus récemment, le 8 décembre 2025, quatre nouvelles organisations ont été ajoutées à la liste, soit le collectif Terrorgram, 764, le Maniac Murder Cult et l’État islamique au Mozambique [13].

Les trois premières entités tout juste ajoutées sont des réseaux transnationaux d’extrémisme violent à caractère idéologique (ci-après « EVCI »), ce qui fait du Canada le premier pays à inscrire de tels groupes sur sa liste [14]. Ces organisations ciblent spécifiquement les mineurs, et leur inscription permet à la Gendarmerie royale du Canada (ci-après « GRC ») et au Service canadien du renseignement de sécurité (ci-après « SCRS ») de renforcer leur vigilance face à l’essor de la radicalisation en ligne [15]. Effectivement, selon le rapport du Comité permanent de la sécurité publique et nationale de 2022, les corps policiers, les procureurs et les juges n’ont pas assez d’information pour bien saisir les dangers des nouvelles formes d’extrémisme, ce qui fait en sorte que seulement 1 % des cas d’incidents haineux en général sont dénoncés au Canada [16].  

Analyser l’émergence de nouvelles formes d’extrémisme en ligne

 

Le réseau terroriste The Com regroupe des entités telles que 764, Le Maniac Murder Cult et le Collectif Terrorgram [17]. Il s’agit d’un réseau décentralisé d’extrémisme en ligne qui promeut la peur et le chaos dans le but de provoquer l’effondrement de la société occidentale [18]. Les membres de ces organisations militent souvent avec le slogan « No Lives Matter », mettant de l’avant leur caractère violent et accélérationniste [19]. Selon eux, l’extinction de l’humanité commence en détruisant la jeunesse rapidement, ce pourquoi leurs cibles principales sont les jeunes [20]. En ce sens, le réseau terroriste utilise des plateformes en ligne populaires, notamment les réseaux sociaux et les jeux vidéo, comme DiscordMinecraft ou Roblox, pour recruter et influencer des jeunes [21]. Par le chantage et l’extorsion, les membres de ces groupes sont incités à s’infliger des violences, allant de la mutilation au suicide, à marquer leur corps pour prouver leur adhésion au groupe, et parfois à attaquer des personnes au hasard dans la rue [22]. Selon le témoignage de Trinity, une victime canadienne du groupe 764, le réseau diffuse de nombreuses scènes de violence à travers leurs canaux de discussion privés [23]. Elle a, entre autres, assisté à une situation où une jeune fille a été contrainte, en direct sur Discord, à mordre la tête de son hamster [24]. Au moment où la victime dénonce le groupe, ce genre d’actes d’extrémisme en ligne n’avait encore jamais été recensé au Canada, ce qui a ralenti les enquêtes [25]. En réalité, la GRC et le SCRS avaient de la difficulté à croire les allégations, tellement la manière d’opérer du groupe sort de l’ordinaire et n’avait jusqu’alors jamais été vue au pays [26]. De plus, la dimension virtuelle du phénomène permet aux responsables d’agir depuis l’autre côté du globe, ce qui complique considérablement les dossiers [27]. La situation est d’autant plus délicate qu’elle implique souvent des victimes et des acteurs mineurs, rendant l’accès à l’information et la collaboration judiciaire complexes [28].  

 

En août 2021, Bradley Cadenhead, fondateur du groupe 764, a été arrêté aux États-Unis, alors qu’il était âgé de 16 ans [29]. La police a découvert quelques années plus tard qu’il s’agissait du bourreau principal de Trinity, alors qu’elle se trouvait au Canada [30]. En mai 2025, présumés avoir repris la tête du groupe après l’arrestation de son chef, Prasan Nepal et Leonidas Varagiannis ont été arrêtés et accusés pour avoir, entre autres, dirigé un réseau d’exploitation d’enfants en ligne, produit du matériel pornographique représentant des abus sexuels sur mineurs et fait la promotion de comportements violents [31]. Ces événements marquent donc le début des cas judiciarisés d’une telle forme de terrorisme, ce pourquoi les autorités canadiennes ont ensuite procédé à l’ajout de ces groupes sur leur liste des entités terroristes [32].

 

En janvier 2026, un groupe nihiliste se faisant appeler Eterssa a publié sur les réseaux sociaux des menaces ciblant au moins 14 écoles au Texas [33]. Ces messages ont déclenché une enquête du FBI et une présence policière accrue autour des établissements visés, même si aucune attaque n’a réellement eu lieu [34]. Le groupe, moins connu que d’autres affiliés à The Com, adopte une idéologie de haine et d’hostilité envers toute personne, sans justification politique ou stratégique claire, et ses publications partagent des caractéristiques avec celles du mouvement « No Lives Matter » [35]. Cette évolution inquiétante montre que ces réseaux extrémistes s’approchent de plus en plus des enfants, exploitant leur vulnérabilité et exposant ainsi les mineurs à des dangers croissants tant en ligne que dans la vie réelle.  

S’interroger sur la vulnérabilité des jeunes

 

La radicalisation est un phénomène complexe qui peut se manifester à la fois individuellement et collectivement, amenant des personnes à abandonner le dialogue, le compromis et la tolérance pour poursuivre des objectifs sociaux, politiques ou religieux précis [36]. Elle se traduit par un glissement des points de vue modérés vers des positions extrêmes ou rigides, sans forcément recourir à la violence [37]. D’ailleurs, les jeunes sont particulièrement sensibles aux idées radicales, car cette période de leur vie est cruciale pour la formation de l’identité, le développement de leurs convictions et le désir de jouer un rôle significatif dans la société [38]. On constate aussi une montée de la glorification de la violence, souvent liée à une vision dystopique où le mal domine le bien, accompagnée d’une fascination pour les tueurs de masse et certaines figures controversées [39]. En outre, les réseaux sociaux et Internet amplifient ce phénomène, contribuant à une « convergence perturbatrice » qui affecte la réflexion et les interactions sociales des jeunes [40]. Des études récentes montrent que la détresse psychologique peut renforcer l’attraction pour la violence et les discours extrémistes [41]. Par conséquent, l’école peut jouer un rôle préventif important à travers des projets éducatifs, des codes de conduite, la lutte contre la violence et l’intimidation, l’intégration scolaire et l’éducation interculturelle, offrant ainsi de nombreuses pistes pour limiter la radicalisation [42].

 

Plusieurs solutions sont actuellement discutées par les spécialistes afin de trouver des moyens efficaces de protéger les enfants face à cette nouvelle forme de radicalisation et d’exploitation sur Internet [43]. Selon Mathieu Colin, professeur associé à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directeur scientifique de la chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, les plateformes numériques agissent comme des accélérateurs de radicalisation, en mettant les jeunes en contact avec des communautés en ligne via les réseaux sociaux et les jeux vidéo [44]. Les contenus extrémistes y circulent facilement, souvent renforcés par les algorithmes qui augmentent leur visibilité [45]. À l’avis de Mathieu Colin, les plateformes en ligne ne régulent pas assez finement leur contenu, ce qui fait en sorte qu’il est facile pour des mineurs de tomber sur des publications radicales [46]. En ce sens, le Canada pourrait-il songer à l’implantation de mesures pour repousser l’âge minimal requis pour utiliser les réseaux sociaux, ou encore contraindre les plateformes à effectuer un meilleur filtrage de l’information publiée ? Plusieurs professionnels explorent ces questions dans les médias, mais elles n’ont pas encore fait l’objet de discussions politiques approfondies ni de mesures concrètes à l’échelle nationale.   

 

En définitive, le terrorisme en ligne représente une menace en pleine expansion, ciblant des populations de plus en plus jeunes et vulnérables. La compréhension des mécanismes de radicalisation et l’adaptation des mesures préventives, tant par les autorités que par les institutions éducatives, restent essentielles pour protéger les enfants et limiter l’influence de ces idéologies extrémistes dans le monde numérique.

Bibliographie 

[1] Annie DESROCHERS, « Des cybergroupes violents recrutent des jeunes via des jeux en ligne », Radio-Canada Ohdio, 26 janvier 2026, en ligne : <https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/le-15-18/segments/rattrapage/2282409/reseau-the-com-obscure-menace-pour-jeunes-en-ligne-mathieu-roussel> (consulté le 2 mars 2026). 

[2] Id.

[3] Sean BOYNTON, « Canada lists 4 new terrorist entities, including online extremist groups », Global News, 10 décembre 2025, en ligne : <https://globalnews.ca/news/11572033/canada-terrorist-list-764-online-extremism/> (consulté le 2 mars 2026).  

[4] Id.

[5] Garry BREITKREUZ, « Rights, limits, security: a comprehensive review of the anti-terrorism act and related issues », Chambre des communes Canada, mars 2007, en ligne : <https://www.ourcommons.ca/documentviewer/en/39-1/ster/report-7/page-15> (consulté le 2 mars 2026).

 

[6] Code Criminel, L.R.C. 1985, c. C-46, art. 83.01.  

[7] G. BREITKREUZ, préc., note 5.  

[8] Code Criminel, L.R.C. 1985, c. C-46, art. 83.05. 

[9] SÉCURITÉ PUBLIQUE CANADA, « Processus d’inscription des entités », Gouvernement du Canada, 25 juin 2021, en ligne : <https://www.securitepublique.gc.ca/cnt/ntnl-scrt/cntr-trrrsm/lstd-ntts/bt-lstng-prcss-fr.aspx> (consulté le 2 mars 2026).  

[10] A. DESROCHERS, préc., note 1.  

[11] Id.

[12] SÉCURITÉ PUBLIQUE CANADA, « Entités inscrites actuellement », Gouvernement du Canada, 29 septembre 2025, en ligne : <https://www.securitepublique.gc.ca/cnt/ntnl-scrt/cntr-trrrsm/lstd-ntts/crrnt-lstd-ntts-fr.aspx> (consulté le 2 mars 2026).

[13] Id.

[14] Catharine TUNNEY, « Canada becomes 1st country to list extremist network 764 as terrorists », CBC News, 10 décembre 2025, en ligne : <https://www.cbc.ca/news/politics/764-youth-extremist-group-9.7010571> (consulté le 2 mars 2026).  

[15] Id.

[16] Jim CARR, « La montée de l’extrémisme violent à caractère idéologique au Canada : Rapport du Comité permanent de la sécurité publique », Chambre des communes Canada, juin 2022, en ligne : <https://publications.gc.ca/collections/collection_2022/parl/xc76-1/XC76-1-1-441-6-fra.pdf> (consulté le 2 mars 2026).  

[17] C. TUNNEY, préc., note 14.

[18] Id.

[19] GENDARMERIE ROYALE DU CANADA, « Violent online groups exploiting children and youth », Gouvernement du Canada, 2 avril 2025, en ligne : <https://rcmp.ca/en/federal-policing/national-security/violent-online-groups-exploiting-children-and-youth> (consulté le 2 mars 2026).    

[20] Id.

[21] Matt GALLOWAY, « Behind an extremist network convincing kids to harm themselves », CBC Listen, 24 mars 2025, en ligne : <https://www.cbc.ca/listen/live-radio/1-63-the-current/clip/16135798-behind-extremist-network-convincing-kids-harm> (consulté le 2 mars 2026).  

[22] Id.

[23] THE FIFTH ESTATE, « This violent extremist network targets kids online », CBC News, 21 mars 2025, en ligne : <https://www.cbc.ca/newsinteractives/features/online-extremist-network-that-targets-kids> (consulté le 2 mars 2026).   

[24] Id.

[25] Id.

[26] Id.

[27] M. GALLOWAY, préc., note 21.

[28] THE FIFTH ESTATE, préc., note 23.  

[29] Roxanne WOLOSHYN et Ioanna ROUMELIOTIS, « Alleged leaders of child exploitation cult known as 764 arrested, charged », CBC News, 1 mai 2025, en ligne : <https://www.cbc.ca/news/fifthestate/764-alleged-leaders-arrested-charged-1.7524177> (consulté le 2 mars 2026).    

[30] THE FIFTH ESTATE, préc., note 23. 

[31] R. WOLOSHYN et I. ROUMELIOTIS, préc., note 29.

[32] Id.

[33] Michael CORECH, « Threat as Outcome : The Eterssa Case », The Red Pill Reversal, 8 janvier 2026, en ligne : <https://redpillreversal.substack.com/p/threat-as-outcome-the-eterssa-case> (consulté le 2 mars 2026).

[34] Id.

[35] Id.

[36] Geneviève AUDET, Réginald FLEURY et al., « Comprendre pour mieux agir : La radicalisation menant à la violence chez les jeunes », RAPS, CREDEF et SHERPA, 2024, en ligne : <https://sherpa-recherche.com/wp-content/uploads/2024/01/Guide-Prevention-radicalisation-2024-VF.pdf> (consulté le 2 mars 2026).

 

[37] Id.

[38] Id.

[39] Id.

[40] Richard APAU, « Youth and violent extremism online: Countering terrorists exploitation and use of interne », African Journal of Terrorism, 2018, vol. 7, no 1, p.16, à la page 19.   

[41] Id.

[42] Id.

[43] Catherine COCHARD, « Quelques semaines parfois suffisent pour se radicaliser », Suisse 24, 10 novembre 2025, en ligne : <https://www.24heures.ch/radicalisation-des-jeunes-le-role-des-reseaux-sociaux-analyse-666681118422> (consulté le 5 mars 2026).

[44] Id.

[45] Id.

[46] Id.

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