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Ouvrir ses horizons à une carrière atypique en droit : entretien avec l’une des cheffes d’équipe de l’équipe responsable du traitement des plaintes au sein de la vice-présidence conformité au sein de Desjardins

Rédactrice: Kim Plourde

Depuis 2008, plus de 1 100 nouveaux juristes se voient diplômés de l’université en droit chaque année au Québec [1]. Selon le Barreau du Québec, la relève, c’est-à-dire les avocat.e.s pratiquant depuis 10 ans et moins, comptabilise 9 891 de ses membres. Que font alors les 1 109 jeunes juristes qui n’ont pas choisi le métier d’avocat.e[2]? Il est peu probable que tous se soient dirigés vers le droit notarial puisque, selon la Chambre des Notaires du Québec, un peu plus de 3800 notaires étaient en exercice entre 2020 et 2021[3]. Ceci est sans compter ceux qui ont fait le métier d’avocat.e, mais qui se sont par la suite réorientés. Beaucoup de finissants à l'université ont une idée préconçue de la carrière d'avocat, mais dans les faits, il existe plusieurs avenues différentes de carrières atypiques. C’est dans l’optique de sensibiliser les jeunes juristes à différentes possibilités que nous avons exploré la pratique en contentieux d’institution financière avec Me Alexe Grondin-Baudet, la cheffe d’équipe de l’équipe responsable du traitement des plaintes au sein de la vice-présidence conformité chez Desjardins.

1-Pouvez-vous décrire les éléments qui ont marqué votre parcours formatif?

 

Je parle ici de la raison pour laquelle vous avez opté pour le baccalauréat en droit ou des études faites dans d’autres domaines le cas échéant, ainsi que les éléments que vous avez découvert sur vous-même lors de ce parcours.

Je suis une personne négociatrice et qui aime l’argumentation sur une variété de sujets. C’est pour cette raison que j’ai choisi le baccalauréat en droit. Je souhaitais une carrière qui mettait tout cela en pratique, en plus de pouvoir aider les gens. Mon parcours a été très formateur, puisque le baccalauréat en droit m’a permis de comprendre l’importance de la préparation et de la patience, c’est-à-dire attendre le bon moment pour intervenir.

 

Je souhaite souligner, parmi les moments les plus marquants de mon parcours, les cours de droit pénal avec Me Andy Drouin et le cours portant sur les modes de prévention et de règlement des différends avec Monsieur le juge Jean-François Roberge. Ce sont principalement ces cours qui m’ont confirmé que j’étais à ma place.

2-Quelle est votre formation professionnelle? Avez-vous opté pour la formation du barreau ou la maitrise en droit notarial? Pourquoi?

 

J’ai opté pour la formation du barreau, car au moment de choisir, je désirais faire du droit criminel. C’était donc l’avenue logique! 

 

3- Avez-vous toujours travaillé chez Desjardins? Sinon, quels sont les postes que vous avez occupés jusqu’ici? Chez quels employeurs?

J’ai effectué un stage en droit criminel lors de mon cheminement scolaire et j’ai débuté ma carrière dans ce domaine. Après une courte période, je me suis réorientée vers le domaine de la conformité réglementaire et juridique en postulant chez Desjardins. J’y suis maintenant depuis quatre ans.

 

4-Parlez-nous du poste que vous occupez au sein de Desjardins et de vos fonctions.

J’ai su me tailler une place bien à moi dans l’entreprise en tant que cheffe d’équipe de l’équipe responsable du traitement des plaintes à la vice-présidence de la conformité. Le processus de traitement des plaintes est offert obligatoirement aux client.e.s des institutions financières et des assureurs. Toutefois, ce processus est encore bien méconnu chez les avocat.e.s. D’ailleurs, ce type de processus est gratuit pour les client.e.s et il relève d’une obligation réglementaire qui vise à encadrer l’analyse des plaintes et le règlement de ceux-ci. Il s’agit d’une avenue non judiciarisée pour les clients qui désirent régler un différend qui concerne leur institution financière ou leur assureur. Je considère que c’est un processus qui possède des similarités avec les modes de prévention et de règlement des différends prévus au Code de procédure civile, mais celui-ci est réglementé par les autorités réglementaires, notamment l’Autorité des marchés financiers (AMF).

 

5- Quels sont les principaux défis que vous avez affrontés durant votre parcours, tant formatif que professionnel, et de quelle façon les avez-vous surmontés? Qu’en avez-vous retenu?

 

J’ai trouvé difficile de savoir l’avenue pour laquelle opter dans le domaine du droit, surtout lorsque j’ai constaté que le droit criminel n’était pas la mienne. Au final, le fait de devoir me remettre en question fut pour moi la meilleure chose qui me soit arrivée. Une opportunité de me lancer dans l’avenue de la conformité règlementaire s’est présentée à moi et je l’ai saisie. Je me sens maintenant complètement épanouie au sein de ce type de carrière, puisque cela touche à tout, en plus de me donner l’occasion de travailler avec une diversité de professionnel.le.s. Nous en apprenons tous les jours, c’est complètement énergisant et dynamique comme milieu. Ce que j’en ai retenu, c’est qu’il ne faut pas hésiter à saisir une opportunité et qu’il ne faut pas craindre de changer de domaine, de tenter autre chose.

 

6-Décrivez-nous une journée ou une semaine typique dans le cadre de votre travail.

Tous les jours, il y a du nouveau. En tant que cheffe d’équipe, je collabore et guide les membres de mon équipe quotidiennement dans leurs dossiers. L’une de mes principales tâches consiste à analyser les constats soulevés. Plus précisément, au terme de mon analyse, je soumets des pistes d’amélioration aux secteurs d’affaire afin d’évaluer si des ajustements ne peuvent pas être apportés à leurs outils, produits et procédures pour l’intérêt des membres et client.e.s de l’entreprise. Je suis amenée à collaborer également à l’élaboration de commentaires dans le cadre de périodes de consultation relativement à des projets de règlement ou concernant les lignes directrices émises par les autorités réglementaires.

 

7-Comment s’inscrivent la collaboration et le travail d’équipe au sein de vos fonctions? Avec quel.le.s professionnel.le.s êtes-vous amenée à travailler, et de quelle manière?

Le travail d’équipe est tout simplement la clé. Tous les dossiers sont étudiés en équipe, qui en est une multidisciplinaire. Mon équipe se compose de professionnel.le.s collaborant étroitement avec, entre autres, les départements juridique, fiscal et des communications, ainsi qu’avec les assureurs et les différents secteurs d’affaire de Desjardins. Certains dossiers peuvent nécessiter une expertise spécifique, c’est pourquoi il est essentiel d’avoir une équipe polyvalente afin de couvrir tous les angles.

 

8-Pouvez-vous tracer un parallèle entre votre poste et le droit? Si oui, de quelle façon le droit s’y imbrique et quelle est la place qu’il occupe?

Je considère que le droit occupe une place importante au sein de mon travail, puisque nous y touchons tous les jours via l’analyse de la réglementation applicable relativement au produit concerné par le dossier que l’on reçoit ou encore, en analysant les obligations réglementaires applicables au prestataire de services.

9- Quelles sont les qualités requises pour œuvrer dans votre domaine? Y a-t-il un certain type de personnalité qui correspond davantage à ce poste?

Il n’y a pas de personnalité type en particulier selon moi. Toutefois, il est primordial d’être rigoureux, minutieux, autonome, collaboratif avec ses pairs, en plus d’avoir un esprit d’analyse et de synthèse aiguisé. J’apprécie une équipe colorée. Mon équipe est constituée de personnes qui ont soif d’apprendre et qui apprécient les dossiers touchant plusieurs disciplines à la fois tout en demeurant orientées vers la clientèle. 

 

10- Selon vous, les carrières alternatives ou atypiques sont-elles assez représentées dans les facultés de droit? Que peut-on faire, à votre avis, pour les mettre davantage de l’avant?

Tout jeune juriste a déjà eu le réflexe de penser qu’un.e avocat.e est quelqu’un qui rédige des requêtes, effectue des recherches juridiques ou fait des représentations devant les tribunaux. Toutefois, il y a beaucoup plus que ces tâches, parce que nous touchons aux principes de droit au quotidien. C’est motivant de non seulement les interpréter, mais également de les vulgariser et de pouvoir les faire appliquer dans les opérations et processus d’affaires. Également, je pense qu’il faudrait envisager d’exposer davantage les carrières alternatives ou atypiques en droit, comme durant les 5 à 7 organisés par la faculté ou durant la journée carrière.

11- Comment pensez-vous que votre profession évoluera dans l’avenir?

C’est une voie en pleine croissance et qui est remplie d’incroyables opportunités. Beaucoup d’entreprises sont à la recherche de candidat.e.s ayant un profil juridique, sans que ce soit pour un poste de conseiller ou conseillère juridique en tant que tel. Un bon exemple est le domaine de la conformité. Les candidat.e.s avec une formation juridique sont intéressant.e.s pour les entreprises, surtout s’ils ont un intérêt pour d’autres domaines comme les assurances, la finance et la fiscalité.

12-Que conseilleriez-vous à un.e jeune juriste qui, comme vous, souhaite ouvrir ses horizons à une carrière atypique du droit?

N’aie pas peur et GO, tente ta chance! J’encourage les jeunes juristes à contacter des avocat.e.s qui ont un parcours atypique pour qu’ils s’informent davantage à propos des défis rencontrés, de leur réalité en tant qu’avocat.e.s et des super mandats qui en découlent. 

 

Je ne regrette aucunement mon choix de carrière.

 

Bref, la conformité est une voie remplie d’opportunités qui offre une variété ainsi qu’une complexité de défis, notamment en gestion des plaintes au sein d’une institution financière. Une carrière atypique, telle que celle de Me Grondin-Baudet dans le domaine de la conformité financière, s’avère peut-être une voie à considérer, puisque le droit s’imbrique dans une multitude d’étapes de son travail. Il serait intéressant de voir pour quels autres types d’emplois le parcours juridique est un atout, comme dans la médiation ou l’administration.

 

Entretien avec Me Alexe Grondin-Baudet, cheffe d’équipe de l’équipe responsable du traitement des plaintes à la vice-présidence conformité chez Desjardins 

Sources:

[1] GOUVERNEMENT DU QUÉBEC, « Diplômes octroyés à l’enseignement universitaire selon diverses variables , Québec », Banque de données des statistiques officielles sur le Québec, en ligne : <https://bdso.gouv.qc.ca/pls/ken/ken213_afich_tabl.page_tabl?p_iden_tran=REPER2R0S8F4865906920919-K2K8&p_lang=1&p_m_o=MEES&p_id_ss_domn=1098&p_id_raprt=3420#tri_cycle=1&tri_typ_diplm=3&tri_sexe=1&tri_lang=1&tri_domn_etud=5&tri_discp=0> (consulté le 5 février 2022).

 

[2] BARREAU DU QUÉBEC, « Rapport annuel 2020-2021 », en ligne : <https://www.barreau.qc.ca/media/2862/4-rapport-annuel-2020-2021.pdf> (consulté le 5 février 2022).

 

[3] CHAMBRE DES NOTAIRES DU QUÉBEC, « Rapport annuel 2020-2021 », en ligne : <https://www.cnq.org/sso-action/josso-logout/?josso_current_url=https://www.cnq.org/en/publications-cnq/rapport-annuel-2020-2021/> (consulté 25 février 2022).