
Quand l'incertitude frappe : l'économie à risque?
Rédigé par Thomas Bergeron
Le Québec a tenté par deux fois de faire sécession par voie référendaire, soit en 1980 avec le premier ministre René Lévesque et en 1995 avec le premier ministre Jacques Parizeau. Depuis l’arrivée de Paul St-Pierre-Plamondon à la tête du Parti québécois, l’idée d’un troisième référendum est née dans l’esprit des Québécois. Cependant, si cette possibilité éveille chez certains de la joie et de la fierté, elle suscite aussi des doutes et de l’incertitude qui entraînent des répercussions économiques. Est-il donc possible qu’un référendum au Québec puisse causer des difficultés économiques au point d’avoir des impacts sur les entreprises ? Cet article analysera d’abord les différentes causes de l’incertitude économique liée à la possibilité d’un référendum, puis évaluera comment ce phénomène se répète aujourd’hui ainsi que ses possibles répercussions sur les entreprises.
Et l’économie dans tout ça ?
L'hypothèse d'une séparation du Québec soulève des enjeux économiques considérables tant sur le plan des risques que des solutions envisageables, en faisant une analyse des deux référendums passés, il est inévitable de constater qu’un thème revient souvent, soit l’incertitude économique. L'examen des répercussions économiques d'une éventuelle indépendance permet précisément d'en saisir les fondements. Selon Jacques Parizeau, les gens voient l’indépendance de deux façons : « [...] pour certains, la province de Québec, en tant qu'unité politique indépendante, n'est pas viable. Pour d'autres, plus soucieux de nuances, elle est peut-être viable, mais au coût d'une réduction du niveau de vie telle que l'opinion populaire refusera toujours d'y faire face » [1]. À des fins de compréhension, il est important de simplifier le tout. L’incertitude principale provient d’un manque de plan. En effet, l’incertitude économique peut être attribuée au fait qu’il semble difficile de prévoir et de résoudre les conséquences économiques que le tout aura sur le Québec.
Or, certaines répercussions peuvent être envisagées. La première incertitude qui pourrait survenir serait un effondrement ou une rétraction importante des différents marchés financiers des neuf autres provinces, ce qui pourrait affecter tant le chômage que l’industrie québécoise [2]. En effet, parce que le Québec fait présentement partie du Canada, il n’existe pas de frontière économique t’elle qu'entre le Canada et les États-Unis. Cependant, s'il devenait indépendant, il aurait alors une importante question à régler soit : quel genre d’accord économique serait mis en place ? Par exemple, le Canada, les États-Unis et le Mexique ont signé l’accord intitulé l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) [3]. Par le biais de cet accord, différentes règles ont été mises en place afin de baliser les relations économiques entre ces pays [4]. De plus, un élément alarmant est que les entreprises québécoises n’auraient plus accès qu’à environ 9 033 887 consommateurs au lieu d’un marché de 41 472 081 personnes, ce qui fera en sorte qu’ils auront « […] des coûts de production beaucoup plus élevés » [5]. Cela pourrait entraîner un manque d’investissements étrangers, ce qui rendrait difficile pour les générations futures le maintien d’une situation économique favorable. Effectivement, si les coûts de production devenaient trop élevés, pourquoi les investisseurs choisiraient-ils le Québec et ses entreprises plutôt que d’autres marchés où les coûts sont plus bas, et donc la rentabilité plus élevée. Montréal et son port pourraient même être radicalement changés [6]. En effet, si aucun lien économique n’existait entre le Canada et le Québec, le port de Montréal, comme cas de figure, pourrait être un exemple des répercussions économiques que l’indépendance aurait sur le Québec. En ce moment, « [l]e port dessert une population de 40 millions de consommateurs dans un délai d’un jour en camion et 70 millions de consommateurs supplémentaires dans un délai de deux jours en train » [7]. Ainsi, sans accord économique avec le Canada et ses autres partenaires commerciaux, le port perdrait énormément de consommateurs, ce qui affecterait les finances du gouvernement et les entreprises du Québec [8].
Un autre problème associé à l’indépendance du Québec est la péréquation. Le Québec paie des impôts au gouvernement fédéral, et la péréquation est un mécanisme par lequel une partie de ces fonds est redistribuée aux provinces ayant une capacité fiscale plus faible [9]. Dans ce contexte, M. Éric Girard affirme que le gouvernement fédéral dépense environ 20 milliards de dollars de plus au Québec qu’il n’en collecte en impôts [10]. Selon lui, environ 12 milliards de dollars de cette somme proviennent du programme de péréquation [11]. Cependant, si le Québec devenait indépendant, il ne recevrait plus ces montants provenant du gouvernement fédéral. Malgré ces divers problèmes, il est possible d’envisager quelques solutions.
Quelques solutions et leurs némésis
Deux solutions peuvent être envisagées : une union douanière ou la complémentarité des marchés. Cette première option comprend une difficulté importante, qui pourrait fâcher l’indépendantiste radical, puisque l’indépendance économique ne serait pas complète [12]. En effet, cette solution serait marquée par différentes « alliances » sur le plan légal entre le Canada et le Québec, qui permettraient notamment de maintenir des coûts de production semblable [13]. Pour les compagnies de ressources naturelles, l’indépendance n’aurait aucun effet en raison de la grande demande au Québec [14]. Cependant, pour l’agriculture et l’industrie lourde, l’union serait nécessaire. En effet, la province ne produit pas assez sur le plan agricole pour nourrir ses habitants [15]. Pour les industries lourdes, cette union serait utile, puisqu’elles coûtent cher et ont besoin d’un grand marché pour faire du profit [16]. Malgré les avantages, il en demeure que les deux parties doivent accepter cette formule, ce qui correspond à un défi politique considérable. Et si cela ne fonctionne pas, alors :
L'État serait placé devant un choix fondamental. Ou bien retrancher partiellement l'économie du reste du monde et développer d'urgence une activité industrielle diversifiée. On rétablirait sans doute ainsi le plein emploi, mais il est à peu près certain que le niveau de vie serait pour longtemps déprimer en raison de la faible taille du marché. Le degré de réduction du niveau de vie est indéterminable même très grossièrement sans une étude très poussée [17].
La deuxième possibilité serait la complémentarité des marchés. Malgré le fait qu’exploiter les ressources naturelles rapidement avec un système de libéralisation des marchés, c’est-à-dire avec peu de règles encadrant le commerce entre les pays, pourrait nuire à certains secteurs, il serait possible de tout de même protéger les secteurs les plus importants socialement [18]. Cependant, si la population est rapidement en développement, cela s’aligne mal étant donné que la main-d’œuvre requise pour ce genre d’exploitation n’est pas importante [19]. Au final, rien n’empêche d'outrepasser ces difficultés, le niveau de vie pourrait être réduit faiblement, mais il a de fortes probabilités qu’il reprenne son cours [20]. Cependant, le danger serait que les grands secteurs soient contrôlés par l’argent provenant de pays étrangers [21]. À ce jour, les incertitudes reliées à cette indépendance continuent d’avoir des effets, ce qui affectera fort probablement les compagnies.
La ligne se dessine une nouvelle fois
La possibilité d’un nouveau référendum refait surface avec Paul St-Pierre-Plamondon. Il a mentionné à plusieurs reprises vouloir tenir un troisième référendum afin de recenser l’opinion du public face à l’indépendance du Québec. Cependant, il a été établi que la possibilité d’un Québec indépendant crée une importante incertitude sur le plan économique. En effet, de nombreuses illustrations ont été faites pour comprendre certaines sources de ce doute. Récemment, dans une recherche d’Éric Girard, qui est ministre des Finances du Québec depuis 2018, il est expliqué que le tout a des répercussions importantes sur les emprunts et la péréquation. Effectivement, les conséquences ici sont que le gouvernement emprunte de l’argent à différents investisseurs, mais les intérêts, depuis la naissance de l’idée d’un référendum, ont monté à 4,05% au lieu de 4%, parce qu’ils sont incertains du sort du Québec [22]. En général, le Québec emprunte 40 milliards par an et, avec une hausse de 0,05 % des intérêts, cela coûte 20 millions de dollars de plus par année pour les emprunts [23]. Au bout de 5 ans, c’est 100 millions de dollars de plus [24].
Selon une analyse de Bloomberg, Ryan Goulding, de la société d’investissement Leith Wheeler, ainsi que Brian Calder, de Franklin Templeton, affirment que tout cela pourrait avoir des effets sur les investissements au Québec [25]. Selon eux, certains investisseurs pourraient se montrer plus prudents avant d’investir dans les obligations du Québec [26]. Cette prudence peut créer une perception de risque plus élevé sur les marchés financiers. Indirectement, cela pourrait aussi affecter les entreprises québécoises. Si les investisseurs deviennent plus hésitants à investir dans l’économie gouvernementale québécoise, les entreprises pourraient avoir plus de difficulté à attirer des investissements ou pourraient devoir payer des taux d’intérêt plus élevés pour emprunter. Par exemple, depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, ce qui a apporté son lot d’incertitude politique, cela a affecté l’économie, notamment par les nombreux décrets présidentiels. En effet plusieurs investisseurs sont nerveux et il est possible de voir que « […] l’indice de volatilité VIX du CBOE, souvent qualifié de « baromètre de la peur » des marchés, a bondi de 50 % en un mois et de plus de 30 % depuis le début de l’année [2025] » [27]. Cela laissera des marques sur l’économie américaine et canadienne et québécoise [28]. Ceci constitue un exemple où l’incertitude politique d’un pays a affecté l’économie des entreprises, et donc, il est fort probable que l’histoire se répète, mais avec le Québec cette fois-ci. De plus, si personne ne veut investir dans le gouvernement du Québec ou que cela coûte trop cher, le gouvernement pourrait augmenter les taxes pour combler le déficit, ce qui nuirait aux compagnies. En effet, comme en 2009-2010, le Québec a décidé d’augmenter la TVQ à partir de janvier 2011 après les difficultés de la crise économique de 2008 [29]. À ce moment-ci, il a eu une augmentation 7,5 % à 8,5 %, ce qui représente 1,2 milliard de plus pour l’État [30]. Une telle augmentation de taxes pèserait lourd sur les entreprises.
En conclusion, plusieurs incertitudes accompagnent l’émergence de la possibilité d’un référendum, comme il a été vu à travers une étude des deux derniers référendums. Ces incertitudes se concrétisent encore aujourd’hui et affecteront fort probablement les entreprises, comme le montrent les différents exemples analysés. Afin de contrer ce problème, il serait pertinent de proposer différents projets de lois pendant la durée de cette incertitude afin de promouvoir un plan clair qui sera durable à travers le futur.
Bibliographie
[1] Jacques PARIZEAU, Pour un Québec souverain, Montréal, VLB, 1997, p. 56.
[2] Id.
[3] Canada-United States-Mexico Agreement (CUSMA), Canada-United States-Mexico, 10 décembre 2019, The Secretariat.
[4] Id.
[5] J. PARIZEAU, préc., note 1 ; Gouvernement du Canada, « Estimations de la population, trimestrielles » (2026) Statistique Canada, en ligne <https://www.statcan.gc.ca/fr/debut> (consulté le 14 avril 2026).
[6] J. PARIZEAU, préc., note 1.
[7] J. PARIZEAU, préc., note 1 ; Gouvernement du Canada, « Document d'information sur les répercussions économiques d'une grève au port the Montréal » (2021) Gouvernement du Canada, en ligne <https://www.canada.ca/fr.html> (consulté le 14 avril 2026).
[8] Id.
[9] Charles LECAVALIER, « La perspective référendaire coûtera au moins 100 millions sur cinq ans », (2026) La Presse, en ligne : <https://www.lapresse.ca> (consulté le 4 avril 2026) ; François CARABIN, « La perspective d’un référendum plombe-t-elle les finances du Québec? », (2026) Le Devoir, en ligne : <https://www.ledevoir.com> (consulté le 4 avril 2026).
[10] Id.
[11] Id.
[12] J. PARIZEAU, préc., note 1, p. 57.
[13] Id.
[14] Id.
[15] Id.
[16] Id. , p. 58.
[17] Id.
[18] Id.
[19] Id.
[20] Id. , p. 58 et 59.
[21] Id., p. 59.
[22] Id.
[23] Id.
[24]Id.
[25] François CARABIN, « La perspective d’un référendum plombe-t-elle les finances du Québec? », (2026) Le Devoir, en ligne : <https://www.ledevoir.com> (consulté le 4 avril 2026).
[26] Id.
[27] Sébastien ST-HILAIRE, « L’incertitude est pire que la pire décision », (2025) Le Devoir, en ligne : <https://www.ledevoir.com> (consulté le 4 avril 2026) ; Dale BEUGIN et Don DRUMMOND, « Les enseignements du chaos économique du président Trump », (2025) L’institut Climatique du Canada, en ligne : <https://institutclimatique.ca> (consulté le 4 avril 2026); « Global Economic Policy Uncertainty Index: Current Price Adjusted GDP », (2026) Federal Reserve Bank of St. Louis, en ligne : <https://www.stlouisfed.org> (consulté le 4 avril 2026).
[28] Sébastien ST-HILAIRE, « L’incertitude est pire que la pire décision », (2025) Le Devoir, en ligne : <https://www.ledevoir.com> (consulté le 4 avril 2026).
[29] Jocelyn RICHER, « Québec hausse la TVQ et annonce un déficit de 4G$ en 2009 », (2009) TVA, en ligne : <https://www.tvanouvelles.ca> (consulté le 4 avril 2026) ; Vincent BROUSSEAU-POULIOT, « Hausse de 1% de la TVQ en 2011 », (2009) La Presse, en ligne : <https://www.lapresse.ca> (consulté le 4 avril 2026) ; Gouvernement du Québec « Historique des Taux de la TPS et de la TVQ », Revenu Québec, en ligne : <https://www.revenuquebec.ca/fr/> (consulté le 4 avril 2026).
[30] Vincent BROUSSEAU-POULIOT, « Hausse de 1% de la TVQ en 2011 », (2009) La Presse, en ligne : <https://www.lapresse.ca> (consulté le 4 avril 2026).
